Beauties & Beasts (B's & B's)
Le Beau dans tous ses états

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Gaëtane Gaël : Un hommage

par Marie-Pierre Pruvot

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À la fin du mois de novembre 2017 (il y aura donc bientôt un an jour pour jour), plutôt que de revenir - pour dire quoi ? – sur le décès récent de Robert Hirsch (aussi exécrable comédien de cinéma qu'immense homme de théâtre, c'est dire...), l’équipe de L'@ide-Mémoire avait choisi de se fendre d’un hommage cursif, et néanmoins fort ému, à Gaëtane Gaël (aka Jacky Gaëtane Gaël), dont les fils d’actualité Facebook respectifs de Marie France et de Jenny Bel’Air lui avait appris d’abord, confirmé ensuite, la disparition au matin du 25 novembre. Les cinq décennies écoulées auront connue, un peu dans le désordre, la flamboyante Gaëtane artiste de cabaret, égérie underground, actrice de cinéma occasionnelle (trois films en dix ans, dont deux sous la direction du seul Adolfo Arrieta) et antiquaire du côté de la porte de Vanves. Malgré la persistance des images rendue possible par la réédition DVD des Intrigues de Sylvia Couski (1972-1973), œuvre inclassable et témoignage sans prix sur les « années-Gazolines » (biiite !), la trajectoire artistique de la flamboyante Gaëtane reste, et c’est  regrettable, difficile à restituer avec précision. Que n’ait-elle été longuement interviewée de son vivant ?


Habillée par Marc Vincent et coiffée, pour les besoins du rôle, d'un « casque-soleil » spécialement conçu et dessiné pour elle par Sabrina aka Sabo, Gaëtane Gaël avait pris part, vers la même époque, aux répétitions – et peut-être aux toutes premières représentations – de La Pyramide, de Copi, créée sur la scène du Palace, point encore devenu le fief attitré (presque ad vitam) de Fabrice Emaer. On sait seulement que, suite à des modifications de dernière minute, son rôle – la princesse puis la reine – finit par échoir à Myriam Mézières, en même temps qu’Andrew More – alors le compagnon en titre de la précitée – se voyait réattribuer celui du jésuite, initialement dévolu au journaliste Michel Cressole. Pas sûr que les représentations y aient gagné au change. Autant dire qu’à ces « fragments de Gaëtane » réunis vaille que vaille par L’@ide-Mémoire au moment de sa disparition manquait un témoignage « première main ».


Nous ne remercierons jamais assez la délicate – et si élégante – Marie-Pierre Pruvot alias Bambi, du témoignage écrit qu’elle nous a spontanément apportés, gageant sans courir le risque de nous tromper que ses mots on ne peut mieux choisis, auront valeur d’article original, en même temps qu’ils permettront à qui les lira de comprendre un peu mieux l’importance cruciale, dans l’histoire de l’Art – cabaret, théâtre, cinéma et littérature confondus – de cette famille d’artistes atypique, curieuse de tout, précurseuse à plus d’un titre et à la pointe des revendications les plus justes.


Ces Amazones poussées sur les pavés de Mai 68, et même, dans certains cas, sur ceux des Fifties finissantes, s’appelaient, aux choix, « Cobra » – devenue post mortem la protagoniste du roman éponyme de Severo Sarduy – ou Gaëtane. Elles s’appellent toujours, fasse la Providence que cela dure longtemps, Galia, Hélène et Jenny, Marie France – dont B’s & B’s attend avec une impatience non dissimulée les prochains album et showcase, l’un et l’autre annoncés pour le printemps 2019 – et Bambi. C’est en tout état cause, après avoir relu, sa magnifique lettre, que nous avons décidé que celle-ci serait la seule et unique signataire du présent hommage à l'amie flamboyante disparue voici bientôt un an.

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Gaëtane Gaël méritait tout un tome qui fourmillerait d’anecdotes, toujours savoureuses, spirituelles, typiques du personnage inoubliable qu'elle était.


Je l’ai vue chaque jour (chaque nuit) pendant une quinzaine d’années puisque nous travaillions toutes deux au Carrousel, nous étions donc dans la même loge, à nous maquiller... Gaëtane participait beaucoup à l’atmosphère de gaieté qui imprégnait les lieux. Elle avait une façon de s’exprimer très particulière avec des expressions inattendues, des points de vue originaux et un regard sans illusion sur le monde. Elle avait surtout un sens de la dérision, qu’elle exprimait dans un langage unique que j’ai beaucoup essayé de retrouver dans mes livres, puisqu’elle m'a inspiré‌ le personnage de « Léda Label ». Je n’ai jamais  réussi cependant à restituer complètement son ton et sa manière. Hélène Hazera y parvient mieux que moi, dans le livre de Christer Strömholm, que vous avez évoqué en publiant la photo de Gaëtane figurant en tête de votre article.

Gaëtane est par ailleurs restée une de mes meilleurs amies, sans brouille ni interruption depuis le jour où nous nous sommes connues jusqu'à sa mort. Elle n’a eu que des amis. Même si elle était d’une franchise un peu rude, elle faisait l’unanimité parmi nous. Si survenait une dispute, et que le ton monte, et des éclats de voix, elle refusait la bouderie et faisait volontiers les premiers pas car elle ne pouvait vire que dans la convivialité. Étant elle-même d'une grande beauté, elle n’a jamais envié personne. Le temps qui détruit tout ne l'avait guère endommagée. Vieillir, pour elle, n'avait été ni enlaidir ni aigrir. Elle restait, comme nous disions, « la même ». Il n'y a qu’à la toute fin que l'âge l’a outragée et peu à peu détruite.

Sa mort laisse un vide qu’il est impossible de combler. C’est une partie de nous-mêmes qui s’en est allée. Avec sa disparition, je sens s’enfoncer dans le gouffre du passé le monde qui a été le nôtre. C’est vous dire la profondeur de notre tristesse.

J’ignore, cher Morel, si vous trouverez en tout cela de quoi alimenter votre article. Quoi qu’il en soit, je vous remercie d’avoir pensé à elle et d'honorer sa mémoire.

Bien à vous,

Bambi.


La photographie reproduite en accroche a été prise par Christer Strömholm (D.R.) et a servi dillustration à un portrait de Gaëtane Gaël rédigé – du vivant de l’intéressée – par Hélène Hazera. Toute précision relative à louvrage concerné et ses références éditeur est, naturellement, la bienvenue.


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